Sacré

La vérité permanente du sacré réside simultanément dans la fascination du brasier et l’horreur de la pourriture. Roger Caillois, L’Homme et le sacré– 1939 – folio essais.

 

S’il fallait une preuve que le sacré existe dans notre société sécularisée et désenchantée, l’émotion autour de Notre-Dame en serait une, puissante. Se sentir touché par l’incendie de la célèbre cathédrale, monument européen le plus visité, est un sentiment majoritaire, ces jours-ci. Cela dit donc quelque chose de nous. De notre rapport au sacré. Au sacré, malgré tout.

Il s’agit d’abord du sacré religieux évidemment : c’est la religion catholique qui est en flammes, elle qui par ailleurs est affaiblie aujourd’hui dans ses institutions et ses pratiques, comme le montre le récent livre de Jérôme Fourquet L’Archipel français– Seuil.

Mais le sacré peut aussi être laïc, il ne faudrait pas l’oublier : cette fois, c’est la culture qui brûle, via le poète le plus populaire, Victor Hugo, père de Gavroche, incarnation de l’esprit rebelle à la française, et de Quasimodo, amoureux ardent, presque Cyrano…

Enfin, tout simplement, le sacré, c’est la force d’un lieu que l’on juge intouchable – ce que signifie le mot au sens étymologique. Ce lieu règne dans son éternité pour que les simples mortels puissent venir se laisser inspirés par sa beauté, s’énergiser à sa pierre. Puissent aussi communier dans la mémoire de tout le travail humain accompli. Milliers d’autres hommes passés auparavant, voûtés sous la voûte, ouvriers ou visiteurs… Le sacré alors est tout simplement touristique…

Peu importe son expression – mystique ou athée, humaniste ou fétichiste -, ce sentiment anime ces jours-ci le cœur de la foule sentimentale et matérialiste.

Sous la catastrophe, parfois, se niche une bonne nouvelle.

Mariette Darrigrand

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