Radical

 

Durant la campagne présidentielle, les observateurs nous ont beaucoup parlé de la droitisation de la France, mais nous assistons aujourd’hui bien plutôt au grand retour de la gauche. Et c’est une gauche radicale qui se démarque spectaculairement de la gauche social-démocrate réduite à 1, 75 % au premier tour. Et de la gauche libérale, accusée de s’être fondue dans le macronisme.

Cette gauche radicale est en train de s’élargir au-delà de La France insoumise, et même si beaucoup de différences s’expriment entre les partisans du PC , du PS et d’EELV, un même désir de radicalité fédère tout le monde. Il est fait d’hostilité au capitalisme et à l’Europe libérale.

Tout se passe comme si le radicalisme était une nouvelle opinion, alors qu’il a une histoire ancienne (commençant avec le soutien à Dreyfus et le combat pour la laïcité en 1905). Mais c’est une histoire qui a fini par s’affadir : les « radicaux » sont devenus peu à peu des modérés, pour ne pas dire des « rad-soc » plan-plan.

Une radicalité récente, renaissante s’exprime donc aujourd’hui.  Elle recolorise la notion. Elle la rend belle et légèrement nostalgique comme ces vieux films que l’on regarde en famille, Germinal, Casque d’or… Ou les livres à succès d’Annie Ernaux ou de Nicolas Mathieu… Autant d’œuvres qui donnent leur valeur esthétique aux « gens de peu » comme les appelait superbement l’historien Pierre Sansot.

Nous verrons si au Parlement le succès sera également au rendez-vous. Pour le moment, il est  incontestable que la nouvelle gauche radicale a le charme du vintage. « Union populaire » le dit très bien en additionnant l’union de la gauche des années 81 et le front populaire de 36. Tout en ajoutant une touche internationale récente en référence à la « Radical Left » de Jeremy Corbyn, par exemple, très efficace dans le Brexit. Ou à la gauche indignée de Podemos en Espagne. Sans oublier la reprise du slogan altermondialisteUn autre monde est possible.

Au cœur de tout cet héritage politique revisité, le vocabulaire qui pourrait faire peur est abandonné (révolution, prolétariat). La place est laissée à la charge émotionnelle des références. Le président lui-même y a succombé en reprenant la « plannification écologique ». Les jeunes surtout y sont sensibles, comme s’ils sautaient la génération de leurs parents, trop réalistes, et revivaient avec leurs grands-parents les années de programme commun, les années optimistes, les années d’espoir politique.

C’est d’ailleurs sur ce retour à l’origine qu’il faut s’interroger. Car « radical » veut dire « racine ». Le mot nous vient de la langue botanique. De la terre. Il fleure bon, la vie qui reprend, le printemps atmosphérique et politique. C’est toujours de la racine que partent les jeunes pousses.

Aujourd’hui, en France, en 2022, être radical ne veut donc plus dire être révolutionnaire ou extrémiste, mais être authentique.  Etre bien ancré dans ses convictions. Ses filiations politiques. vrai. Etre vraiment de gauche.

Mariette Darrigrand

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