ORDONNANCE

 

 

 

A l’entendre régulièrement à la radio, le mot « Ordonnance » semble faire partie d’une métaphore médicale filée. Prescription de nouvelles médications réclamées par l’état du corps social… La SNCF notamment : malade de ses statuts privilégiés. Il faut la sauver, disent les membres du gouvernement, pour annoncer le traitement de choc…

La figure du politique en médecin au chevet du pays est très présente, notamment depuis l’apparition du concept de Care. Prendre soin des vieux organismes en butte aux nouvelles maladies : l’école devant les apartheids sociaux non prévus, l’hôpital devant les erreurs d’organisation, la justice devant la surpopulation carcérale…

L’actuel gouvernement utilise une autre imagerie, plus autoritaire, en reprenant le sens premier du verbe. «Ordonner », c’est donner des ordres, rappelle-t-il. Opposée aux lenteurs du dialogue social, l’ordonnance désigne alors impératif d’agir, donné par le chef de l’état et lui seul – la décision est toujours solitaire. Dans ce cas, le politique n’est plus compassionnel mais guerrier. Actuellement sur les écrans, Winston Churchill, dicte, depuis son lit, l’ordre de lutter contre le nazisme. Le film Les heures sombres le rappelle : l’ordonnance, la vraie, n’est pas là pour soigner mais pour lutter voire tuer, mettre fin à un état existant. Que cet existant soit pathologique ou précieux, c’est toute la question posée par la démocratie… en temps de paix.

Mariette Darrigrand

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