Nos Mots Analysés

 

 

 

 

Tous les mots que vous utiliserez pourront dorénavant être retenus contre vous : bienvenue dans le monde des datas.

La révolution numérique est en train de modifier notre relation avec nos mots. Avec le big data, nos mots qui sont stockés sur Internet, c’est-à-dire ceux qui figurent dans nos comptes électroniques (Facebook Twitter etc.) peuvent être exploités pour tenter d’influencer notre pensée.

Ce nouveau risque a été mis en lumière en 2016 après l’élection présidentielle aux États-Unis. Le candidat Trump a fait appel à la société Cambridge Analytica dont l’activité consiste à fournir des stratégies et opérations de communication clefs en main, basées sur l’analyse des données à grande échelle. Elle annonce « utiliser les données pour changer le comportement du public »[1].

Comme l’a reconnu Facebook[2], Cambridge Analytica a siphonné les données de 87 millions de ses utilisateurs pour identifier et solliciter dans la société américaine le très fort courant anti-élites qui pouvait favoriser l’émergence d’un candidat atypique. Elle a permis aussi de déterminer leur préoccupations ou les thématiques qu’ils abordent régulièrement et ce pour produire des discours ou des messages électoraux adaptés.

En analysant, à grande échelle, les mots que nous échangeons numériquement, les algorithmes prédisent les convictions à affirmer et les personnes à solliciter. Ce nouveau type de profilage permis par l’analyse des datas (et donc les mots que nous utilisons), rend possible une sollicitation individuelle nouvelle qui permet d’agir sur le comportement des citoyens (en utilisant l’émotion et l’intérêt individuel plutôt que la raison et l’intérêt collectif). Ces démarches semblent permettre l’activation des comportements de chacun d’entre nous. Dans son dernier livre[3], Yuval Noah Harari parle de possibilité de pirater les êtres humains.

Il semble donc qu’avec l’analyse de nos mots, on peut agir sur la pensée du citoyen et modifier son comportement. C’est là un nouveau paradoxe ! Les mots que nous utilisons, qui sont en principe les messagers de notre pensée, pourraient être analysés pour influencer à l’avenir ladite pensée notamment dans le domaine politique.

Fabrice LORVO

[1] Cambridge Analytica uses data to change audience behavior.

[2] https://newsroom.fb.com/news/2018/04/restricting-data-access/

[3] « 21 leçons pour le XXIe siècle » (Albin Michel).

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