Intimité

L’actualité politique nous le rappelle : ce mot est inscrit dans la loi. Le droit à l’intimité était déjà dans l’esprit de la Constitution des Droits de l’Homme, relié à la propriété – droit inviolable et sacré (article 17). Nul ne peut entrer chez vous – ou dans votre téléphone – sans votre consentement.

Ce droit met tout le XVIIIème siècle à émerger et fait partie de la Révolution. Jusque là, les relations, quelle que soit leur nature, sexuelle ou non, se faisaient dans la promiscuité. Dans Paris, l’on vivait dans la rue, comme les travaux de l’historienne Arlette Farge le montrent. L’amour, la séduction, les disputes se faisaient au vu des voisins. Voire des passants, lorsqu’il se passait des choses… intimes dans les bosquets des Tuileries ou sur les rives de la Seine…

Aujourd’hui, la question se repose, que l’on habite en coloc étudiante ou en EHPAD… (le droit à l’intimité de la personne âgée ou de la personne handicapée, n’a été reconnu que récemment).

Plus globalement les technologies ont créé le contraire de l’intime : ce que Jacques LACAN, dès les années 70, avait appelé l’Extime : l’extériorisation généralisée de nos faits et gestes, désormais postés sur les réseaux planétaires.

L’intime dans ce cas se retourne, et au lieu d’évoquer ces choses précieuses que sont le secret, les émotions, le for intérieur, il retrouve son sens autoritaire d’origine. Au sens premier « INTIMER », c’est donner un ordre.

Comme avec les Lettres de cachet de l’Ancien Régime, heureusement abolies par la Révolution.

Mariette DARRIGRAND

https://www.franceinter.fr/histoire/la-carte-blanche-de-l-historienne-arlette-farge

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