Féminicide

 

N’étant pas spécialiste de ces questions, je me garderai bien de juger le terme « féminicide » qui fait l’objet actuellement d’un débat entre juristes, d’ailleurs très intéressant. Je voudrais simplement réfléchir à une ou deux choses liées au langage.

« Féminicide » redonne du sens à la notion de « Féminité », essence de la Femme, dévaluée aujourd’hui au profit de la notion de « Genre ». Quand il est apparu, ce dernier terme a permis d’exprimer le fait que l’identité sexuelle de l’être humain ne se réduit pas à une seule catégorie mais joue entre plusieurs : son corps, son imaginaire, son histoire, ses rencontres, son désir de procréer, etc. Avec « Féminicide », cette labilité existentielle est annulée. Les choses sont soudain re-essentialisées. Ressusciter la Féminité dans le but de défendre les femmes, c’est donc risquer de les réenfermer dans l’anatomie qui a toujours fait leur destin. Paradoxe d’un certain féminisme.

Un cran plus loin, il me semble que c’est aussi contribuer à une autre dérive de notre temps : ne plus voir le mystère de la psyché humaine. Est-ce vraiment une femme qu’un homme veut tuer? Ou l’être qu’il a construit avec son imaginaire ? Mère archaïque, Furie menaçante, effrayante Méduse,  voire miroir insupportable de lui-même …

La vieille expression « crime passionnel » disait quelque chose de cela. Elle a fort heureusement été abandonnée car elle était porteuse d’une circonstance atténuante. Mais il faut garder l’idée de la « Passion » au sens étymologique de souffrance létale. Passion de détruire.

En latin, Passio pouvait se dire aussi Furor : folie destructrice dirigée contre l’Autre, homme ou femme. Parfois contre soi (Narcisse en meurt). Ancestrale fureur de tuer…

Seuls les criminologues ou les psychologues spécialisés, pourraient nous en dire un peu plus, mais on ne les entend pas. Secret professionnel oblige. Poids également, sans aucun doute, de certaines pensées actuelles, évolutionnistes et positivistes, qui se situent loin de l’inconscient et de ses ombres…

Dans une contrée où un mot nouveau aurait le pouvoir de chasser un très vieux problème…

 

Mariette Darrigrand

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