Exagération

 

 

S’il est vrai que « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde » , comme le disait Albert Camus, bien le nommer reste souvent un exercice difficile. La Cour européenne des droits de l’Homme vient de juger qu’un mot pouvait être utilisé dans un sens « courant » et non au sens strict d’un Code pénal.

Les faits : un activiste avait contesté devant la CEDH sa condamnation pour diffamation par la justice espagnole. En effet,  au cours d’une conférence de presse, il avait qualifié de « torture » les moyens employés par la police pour l’expulser d’un sit-in, arguant des grandes souffrances qu’il avait alors éprouvées. Le juge espagnol a considéré que l’action de la police ne pouvait être qualifiée de « torture » au sens du Code pénal.

La question posée à la CEDH était de savoir s’il fallait prendre le mot torture au sens courant (« Douleur ou souffrance grave, ou la chose qui la produit ») ou au sens juridique (qui suppose en plus l’intention de la police d’obtenir des aveux, de punir la personne ou de la discriminer). En d’autres termes, faut-il faire descendre les mots vers les Hommes ou à l’inverse, tirer les Hommes vers les mots ?

En novembre dernier, la CEDH a retenu le sens courant : le mot « torture » ayant servi selon elle à formuler un jugement de valeur n’impliquant pas la démonstration de son exactitude. L’activiste l’avait en fait employé pour décrire un usage excessif de la force et critiquer les méthodes employées contre lui par la police. La CEDH a considéré qu’imposer la définition juridique de la torture était excessif. Elle condamne donc l’Espagne pour violation de la liberté d’expression.

La CEDH semble ainsi consacrer la liberté d’exagération en privilégiant le sentiment ressenti par la victime plutôt que l’exactitude de l’information adressée aux tiers. Reste à savoir si tout cela va contribuer à améliorer les affaires humaines !

 

Fabrice LORVO

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